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Interactions
Dossier réalisé par Julien Dorra, Emmanuelle Guedj et Émilie Pitoiset

 


Sélection aléatoire
La Revue virtuelle, documenter le virtuel
Art-Borescence, machina ex-nihilo
IMAL ou le continuum formation, production et exposition

 

Exposons le net-art !

Sous ses airs de slogans, le net-art et l'exposition ne font pas encore bon ménage.
Véritable souci quant aux modes de conservation, de monstration et de commercialisation, le net-art est en soi un volet tabou de l'art, omis volontairement par les galeries face à un problème d'objectivation. Comment de nos jours « habiter » les œuvres d'art en ligne ? Certains commissaires ont cependant prêté main-forte à ce tourment, en explorant d'autres recettes de monstration.


Net-art vs exposition, nouvelles formes d'« habitabilité »

Simon Lamunière, artiste, commissaire d'exposition, responsable de projets au Centre pour l'image contemporaine de Saint-Gervais, Genève, organise dès 1994 Version 1.0. Aux interférences de la technophilie, cette exposition questionne la relation au progrès et les conséquences apportées dans notre quotidien qui s'en trouve ébranlé. Il n'a pas été question de faire un étalage technologique qui paradoxalement appauvrit radicalement les projets, mais bien de pointer sur la question fondamentale de l'outil informatique comme un moyen à réinventer, à détourner. D'ailleurs les artistes présentés (Claude Closky, Claude Gaçon, Hervé Graumann, Jochem Hendricks, Nathalie Novarina, Manfred Stumpf) n'ont pas seulement utilisé l'ordinateur comme seul vecteur possible, mais ont plutôt réinterprété ses codes usuels établis.

En 1996, Version 2.2 annonce d'emblée la sérialité de l'événement comme une Biennale de l'informatique.



Version 2.2, vue d’exposition, 1996.
© www.interversion.org




Version 2.2 interroge la fragilité des technologies prises dans le flux perpétuel comme une mutation incontrôlable engendrant une instabilité des techniques. Impossible standardisation, le mot d'ordre est : la mise à jour. Face à cette constante évolution de l'intarissable loi Moore 1 Version 2.2 va a contrario scénographier les espaces sur le schéma : ordinateur / bureau / décoration. Ce concept sera réitéré en 1997, lorsque Simon Lamunière se voit confier le commissariat du site Web de la Documenta X, qu'il co-organise avec la directrice artistique Catherine David.

Dix sites Internet se voient dédier un espace fonctionnant sur ce triptyque. En libre consultation, chaque poste accueille en local (off line) une œuvre singulière. Ce système de monstration a été contesté par les artistes jugeant que ce procédé allait à l'encontre de l'espace dynamique que représente le Web.


Websites, Documenta X, 1997.
Artistes : Joachim Blank / Karl Heinz Jeron, Heath Bunting, Holger Friese, Hervé Graumann, JoDi, Martin Kippenberger, Matt Mullican, Muntadas, Felix S. Huber / Philip Pocock / Udo Noll / Florian Wenz, Eva Wohlgemuth / Andreas Baumann. © www.interversion.org






Cependant, la question de la restriction d'accès à l'entièreté d'Internet se pose constamment. Faut-il laisser ouvert le réseau au risque de tomber dans le concept cyber café ? Ou a contrario priver certaines œuvres qui puisent directement dans les ressources d'Internet, comme données brutes ? Vous pourriez me dire : à quoi bon montrer des œuvres que l'on peut aisément consulter de chez soi !

C'est en 1998, avec que Simon Lamunière continue de détourner les codes de monstration et intègre l'idée de customiser l'espace réel afin d'anticiper l'espace virtuel. Ainsi, l'artiste crée la symbiose, véritable sentiment d'immersion entre l'œuvre virtuelle et le visiteur.


Anticipation, Version 4.0 (M. Mullican et Th. Bayrle), 1998. © www.interversion.org

Du reste, c'est à travers l'allégorie de L'image habitable, versions ABCDE en 2002 que le concept est poussé plus loin. Cinq commissaires dont Simon Lamunière interrogent à proprement dit l'espace muséal et architectural. L'idée même de délocaliser chaque Version dans des lieux différents ajoute un rapport tautologique à l'exposition. Finalement, la transition d'un espace à l'autre est ce qui fait lieu.

Version A convoque cinq bureaux d'architectures, Décosterd+Rahm, Associés (CH), Diller & Scofidio (USA), Hiroyuki Futai (JP), MVRDV (NL) et R&Sie (F), qui à l'inverse ne vont pas simuler l'habitabilité par l'image, mais plutôt donner une nouvelle lecture de l'image architecturale supplantée par les nouvelles technologies, les arts visuels, etc.
Version B se matérialise par l'intermédiaire d'un protype architectural de musée virtuel, véritable extension du musée d'Art contemporain de Genève. ElectroScape 002 est consultable depuis Internet et est réalisé par fabric | ch. À l'intérieur de cette modélisation se niche une page Web réalisée par Heimo Zobernig affichant les quatre points de coordination (Top, Bottom, Left, Right) qui est à la fois physiquement présenté dans le musée réel (Version C),
« comme le recto et le verso d'une feuille de papier ».

La question du territoire sur Internet est fondamentale. Nous parlons bien en terme de site, architecturé et hébergé sur un serveur. C'est ici que nous soulignons la mise en abîme des Versions B et C se répondant mutuellement. Par l'intermédiaire d'une page physique qui figure au sein du musée d'Art Contemporain de Genève, une niche de consultation est intégrée à cette dernière où un ordinateur permet de faire le lien en temps réel sur la page logée dans l'architecture 3D. L'image est habitable et est par la même habitée.
« L'image est une inter-face sensible - un face-à-face […]. Elle est à la peau ce que l'habit est à l'habitat. » 2
Par conséquent, l'idée même d'objectiver une œuvre en réseau revient à redéfinir l'objet comme une appropriation. L'habitabilité des images comme véritable extension de notre propre projection dans une fiction. C'est l'environnement qui dessine autour de nous un contexte habitable.


L'image habitable version B et C (H. Zobernig), 2002.
Web page in VRML architecture (à gauche), partie physique (à droite), © www.interversion.org



Peut-on considérer Internet comme un lieu habitable ?

Ou au contraire comme un non-lieu, un lieu transit ? Ou encore comme un autre lieu, un Autre-monde / Out of this World comme le souligne Sylvie Parent, commissaire de l'exposition d'Arts électroniques de la Biennale de Montréal 2000 ?

C'est en envisageant l'idée d'Internet comme un lieu virtuel où la relation au sensible se simule que Sylvie Parent y voit un rapport avec le vide caractérisé de ce qu'il y a après la mort. Ainsi, l'interface est à la mort l'instant T, qui fait barrière entre ces deux mondes méta-physiques ou virtuels. « L'ineffable espace de la mort. L'expérience du Web se caractérise par une rupture avec le monde immédiat (mort) et un engagement dans un autre lieu (un non-lieu) ? » 3

Cependant, associer le Web comme un espace mort n'est pas en soi un constat pessimiste mais une réalité. Bien que paradoxalement nous vivons à l'ère numérique où la fiabilité, la garantie, l'immortalité et la haute-fidélité se conjuguent au présent, il n'est pas inutile de rappeler que consommation rime avec péremption. Comme nous le soulignions précédemment, le progrès des technologies affiche consciemment l'auto dégradation des programmes, des langages et par conséquent des œuvres qui bientôt ne seront plus compatibles avec les systèmes en cours et donneront une visibilité in optimum.

Incitant certains à jouer de ce phénomène comme Electrohype à Malmo, en Suède en 2003 avec The Classic ll Exhibition, exposition d'œuvres fonctionnant seulement sur de vieux Macintosh, ce qui réduit considérablement les fonctionnalités actuelles établis. D'ailleurs, il a sûrement été difficile de trouver les versions adaptées de navigateurs ou de « Players ».

C'est ainsi que nous constatons la fragilité de ces œuvres et de leur conditionnement éphémère. Ceci nous conduit à penser d'autre part aux moyens de conservation et par la même d'acquisition. Tandis que paradoxalement, les constructeurs de disques durs, DVD-R, etc. n'en finissent plus de venter les prouesses de leurs systèmes de sauvegarde. Les musées, galeries, etc. ne sont-ils pas en train de perdre un patrimoine ?


Institutions + Expositions en ligne

Frac Languedoc-Roussillon a fait partie de ceux qui tentent l'expérience en premier en France, en faisant l'acquisition des œuvres de Pierre Giner, Ghazal Radpay, Dora Garcia, Claude Closky, Aleksandar Ilic, Nicolas Frespech, Annie Abrahams, Eddie Pannel. L'émergence des cultures numériques trouve sa place au même titre que les œuvres de la collection. Pourtant en 2001, l'une des emplettes pose problème et sera retirée du site du Frac. En effet, Je suis ton ami(e)… tu peux me dire tes secrets4 de Nicolas Frespech se voit censurée en raison du contenu au caractère obscène de certains secrets qui ont heurtés la sensibilité d'internautes. L'artiste n'a plus recours à la mise à jour de son œuvre et est poliment écarté sans explications appropriées. Le frac se plonge alors dans un mutisme, l'affaire tient à rester discrète (secrète).

Le ministère de la Culture a aussi expérimenté le Net-art en subventionnant deux projets que l'on peut retrouver sur le site. Le premier, 10 reposoirs d'écran 2000 se présente sous la forme d'écran de veille que l'on peut télécharger et diffuser sur Cd-rom lors de manifestations culturelles. Le second, Entrée libre présente les projets des artistes François Morellet, Daniel Buren, etc. inutile de continuer l'énumération pour comprendre la prise de risque zéro et ou le «bât blesse».

D'autres encore tenteront le grand saut comme le Centre Pompidou qui lance un projet de commande d'œuvre en ligne annuelle ainsi qu'une section sur son site Introduction au Net-art.
Les œuvres d'art sur Internet ? Elles seraient ennuyeuses, difficiles à comprendre, longues à télécharger et promptes à faire " planter " les ordinateurs. Le monde des musées leur reproche également d'être faciles à dupliquer, difficiles à conserver et la source de nombreux maux de tête quand il faut se pencher sur la question des copyrights et des droits d'auteurs. Alors à quoi bon chercher une improbable expérience esthétique devant cet écran d'ordinateur qui envahit déjà bien assez nos vies quotidiennes ? [...]» (4)

Bien que cet extrait manifeste ressemble bien plus à un mea culpa expliquant les raisons intrinsèques qui ont empêché jusque-là de combler le vide en ce domaine. Une exposition en ligne Vernaculaires, parler, déformer, inventer les nouveaux langages du Web, est organisée de fait par les commissaires Alison M. Gingeras et C. Closky. Trois points élucident cette problématique avec les artistes Vuc Cosic, Jodi, Mark Napier connus pour détourner les langages informatiques et rendre visible les systèmes codals des pages Web répond ici au volet Langage d'initiés. Rainer Ganahl et ®™ARK, quant à lui utilise les failles du réseau comme un outil de communication capable de se retourner contre lui-même dans Parler Politique. Et enfin, Cliquez où le Cercle Ramo Nash et Olive Martin & Patrick Bernier mettent en relief la notion de présence de l'internaute à travers des projets proches du " chat room " où chaque entité laisse la trace de son passage, ce qui va alimenter la base de donnée avec laquelle le programme pourra évoluer. C'est en déplaçant ses rapports aux codes et au langage que Beaubourg continue sa quête en ouvrant un cycle mensuel de Conférences sur les Plasticiens du Web organisées par Géraldine Gomez.

Le SF-MOMA de San Francisco organise également, été 2001, 010101 Art in Technological Times exposition en ligne avec des artistes et des designers internationaux de l'art numérique tel que Erik Adigard, Entropy8Zuper!, Mark Napier, Matthew Ritchie et Thomson & Craighead etc. Chaque artiste a été invité à présenter son œuvre en public facilitant les rapports de médiation avec le media froid.
Ainsi, il n'est pas rare de constater que l'art numérique encore jeune de 10 ans, tient à rompre le caractère isolé de son conditionnement.


Musée virtuel comme extension habitable

D'autres ont intégré l'art numérique comme une véritable extension de leur musée physique. Le MUDAM, Musée d'art Moderne Grand - Duc Jean au Luxembourg, est à l'origine de ce projet en engageant au sein de son site la iGalerie, Virtual Museums. C'est au gré d'une déambulation dans l'espace virtuel à l'aide de notre curseur que notre regard balaie les œuvres en ligne. Chaque zone affiche son cartel au passage de la souris afin de nous donner les informations conventionnées muséales. Il est intéressant de considérer combien le lieu a été pensé comme une partie du musée habitable et ou l'invitation prend le pas sur la techno phobie qui n'a pas le temps de prendre parti.

D'autres institutions prennent le pli et développent sur le même schéma, l'idée du musée virtuel, «circuit pour souris». La nouvelle version du site de la Whitney Biennal en témoigne. Depuis 1995, le Whitney Museum of American Art à New York réalise ses premières acquisitions. Artport devient le portail Net-art. En 2002, la Whitney Biennal ouvre une section Net-art et dépose le nom de domaine whitneybiennial.com qui recueille 122 artistes, architectes etc. choisis par différents «curators» internationaux.



Internet est un lieu où les zones de frontières n'ont pas de limites et ou la distance se calcule au rapport Kilo Bit. Alors que la loi Moore continue son cheminement, les questions de monstration n'en sont pas réglées pour autant. Il n'est pas rare cependant de voir que de nombreux festivals prendre les risques nécessaires en ce domaine. Ils n'hésitent pas mettre en pratique le bêta-test. D'ailleurs à ce constat, ces micros organisations vivent tant bien que mal. Il n'est pas rare de les voir s'effondrer sous le joug économique dont elles ne bénéficient que peu contrairement aux institutions implantées.



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Notes :
1. Loi Moore
2. ANZIEU Dider, le Moi-Peau, 1985.
3. PARENT Sylvie, La mort. La fin. Et après ?
4. Cf - Dossier «Intimité» : Le Talk-show de Nicolas Frespech ou comment tout savoir sur ses amis. Propos recueillis par Mélanie Chardayre
5. Introduction, Net-art, Centre Pompidou


Émilie Pitoiset

 

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