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Interactions
Dossier réalisé par Julien Dorra, Emmanuelle Guedj et Émilie Pitoiset

 


Sélection aléatoire
La Revue virtuelle, documenter le virtuel
IMAL ou le continuum formation, production et exposition
Exposons le net-art !

 

Art-Borescence, machina ex-nihilo

À Nancy, on est loin d'ignorer l'art numérique, il est même à l'honneur grâce à Gérald Gauguier, qui a monté là-bas, au cours de l'année 2003 Art-borescence, un festival d'art numérique et interactif.



- Pourquoi as-tu voulu monter un festival d'art numérique, et en particulier d'art interactif ? Quelles œuvres, quelles expositions t'y ont poussé ?

Il y a eu par exemple l'exposition Sonic Process. Et aussi la comparaison, sur des salons d'art contemporain, de la disposition d'œuvres comme NOEMI du collectif Music2Eye. NOEMI est une machine à apprendre la musique qui apprend au fur et à mesure que le participant apprend.
Vue dans deux contextes différents, à Art.Metz et la Gaité à Paris, l'interaction avec la machine ne marchait pas forcément. À la Gaité, elle était isolée dans un contexte propre, qui permettait l'immersion du spectateur. À Art.Metz, elle était placée dans un espace semi-ouvert, encadrée par d'autres œuvres, que j'ai trouvées dissonantes.

Donc, l'envie de monter un festival numérique, c'était l'envie de montrer ce genre de pièces. Mais dans un cadre un peu particulier, dont la vocation tourne autour de l’usage des outils numériques comme les ordinateurs, les scanners, là où il y a déjà des ateliers de production multimédia.
Et proposer aux gens utilisant ces lieux de voir une part de la création numérique contemporaine.

- Il y a aussi la table ronde à l’université, qui était un des événements du festival. Elle a tourné à l'atelier de réflexion en petit groupe, plutôt qu'à la conférence magistrale. Mais, justement, grâce à celà, je la trouve réussie.

Je ne pensais pas forcément à une conférence magistrale, mais en termes de public, c'est une discussion qui aurait pu apporter quelque chose à des étudiants des Beaux-arts, à des étudiants en cinéma, en audiovisuel. Peut-être que je n'ai pas su aller voir le public qu'il fallait pour ce genre d'événement.

Mais on aborde le problème d’un événement autour des arts numériques : le fait de montrer ces œuvres-là, cela reste pour un certain public encore difficile à admettre.

- Qu'est-ce que tu entends par « ces œuvres-là » ? Dans ton festival, il y avait des œuvres que l'on peut aisément qualifier d'œuvres interactives, Faux Pas et les sessions du Générateur Poïetique, le Ping-Pong [annulé pour cause technique], il y avait la préfiguration d'une œuvre interactive par Music2Eye, en version vidéo. Malgré tout, le festival était sous-titré : un automne numérique. Pourquoi pas interactif ? Quelle différence cela fait-il ?

Pour moi, la création numérique a pour principe de pouvoir hybrider plusieurs formes qui ne soient pas forcément limitées.
Le fait que dans un processus de création à un moment interviennent des machines, avec des potentialités d'ouvertures entre des formes, qui peuvent être du son, de la vidéo, cela rentre dans la catégorie du numérique.
Après, il peut y avoir différentes formes du numérique. C'est vrai que les œuvres en réseau, c'est une autre exploration du numérique.
Pour les vidéos de Eliklipse que nous avons proposées, le dispositif idéal aurait été d'avoir un triptyque vidéo, de pouvoir montrer trois bandes dans la vitrine de l'espace My.Monkey. Cela aurait permis une exploration de l'œuvre, des choix de narrations.

On a présenté des œuvres multimédia, pas forcément toute plurimédia, mais cela reste le langage de la médiation par des outils technologiques.


        >  Le réseau des ECM

- À partir de ce désir de montrer, à Nancy, ces œuvres, tu as essayé d'activer tout le réseau des ECM [Espace Culture Multimédia].

Oui, et c'est un peu une erreur fondamentale. Ce n'est pas que cela n'a pas marché, mais « ECM » est un label ministériel : on ne construit pas un ECM comme on construit une bibliothèque. C'est un élément qui vient se rapporter à la structure générale d'une institution, ou d'une pseudo-institution, médiathèque, maison des jeunes et de la culture, maison des loisirs et de la culture...

Au départ les ECM se présentent comme des lieux spécialisés en culture numérique. C'est vrai qu'ils font un travail de médiation : ils vont former des gens aux différents logiciels, ils font de l'initiation. Mais au niveau de la présentation d'œuvres évoluées des arts numériques, ils ont du mal à avoir des projets.
Ils auront des projets autour de l'usage concret des médias, plutôt qu'autour de leur appréhension sous l'angle artistique.

J'active le projet en février 2003, et le festival a lieu en novembre 2003. Donc, quand on a monté le festival, on est allés voir le réseau des ECM, au fur et à mesure que l'on rencontrait des artistes que l'on voulait programmer en parallèle.

- Les ECM sont finalement des structures diverses, d’animation sociale pour certaines, des médiathèques où l'on propose des documents pour d'autres... Tu n'as donc pas réussi à les transformer en réceptacles à art interactif ?

J'hésite entre une difficulté dans la problématique qu'on voulait évoquer, et le fait d’avoir essayé de les communiquer au plus grand nombre possible dans des lieux différents. Alors que le plus simple aurait été d'avoir un événement concentré. Au départ, il y avait un réseau de six ECM, plus le local My.Monkey. Sept lieux étaient donc prévus, il y en a eu cinq au final.

Ma vision des ECM était très schématique. Les ECM que j'avais vu fonctionner c'était les ECM parisiens, Confluences, Le Cube, les restes fantômes de l'ECM de Main d'œuvres.

Mais la médiathèque de Vandœuvre s'est investie. Elle a même été notre premier partenaire. Ils ont permis la réalisation de certaines œuvres en nous mettant à disposition des gens. Au niveau d'un partenariat, trouver quelqu'un qui te met à disposition des ouvriers gratuitement, comme ça, ça n'a pas de prix.

Cette municipalité a envie d'être sur le devant de la scène des arts numériques. Ils ont un ECM, ils viennent d'avoir leur quatrième Arobase [label du ministère de la ville, ce quatrième Arobase classe la ville de Vandœuvre deuxième au niveau national]. Et là, c'était une occasion d'aller vers quelque chose de peut-être plus exotique.

- Qu'est-ce qui était attendu du fait que le festival se déroule dans des lieux d'usage courant ?

C'était une façon d'aller chercher le public, et de lui montrer un autre versant justement de ce qu'il pouvait y avoir dans ces lieux, une autre attention sur le numérique. Parce que là, c'est le numérique vraiment concret, d'Internet, des applications usuels. Et d'autres utilisations du réseau, des technologies.

        > Une économie hétéroclite

- Tu as dû dépenser de l'argent de ta poche.

Oui, un peu moins de mille deux cents euros.

- Et bien sûr, il y a aussi le temps que tu y as consacré. Mais quel soutien as-tu eu, en regard de ça?

Il y a tout d'abord le bureau graphique Xo Crew qui s'est mis en place au sein du My.Monkey. Il nous a fait toute notre identité visuelle, et nous a aussi proposé le Ping-Pong numérique. Ce sont des gens qui se sont investis à titre individuel.

Au niveau institution, j'ai eu un peu d'argent de la mairie de Vandœuvre. Ce qui était prévu au départ, c'était d'obtenir des soutiens financiers de la part des ECM dans lesquelles on montrait les œuvres, car cela demande des moyens logistiques, d'organisation, de communication. Mais seul Vandœuvre a honoré cela.


- Comment es-tu passé d'espérance assez haute en février, avec l'espoir de subvention, à la réalité qui est que vous n'avez pratiquement rien eu ?

En fait, quand je rencontrais les artistes et que je leur montrais mon dossier, je leur disais que nous avions un prévisionnel ou, au mieux, on pourrait les cacheter cent cinquante euros car nous étions dans une configuration d'un premier festival, que nous allions demander des subventions mais que nous n'étions sûr de rien. Et que nous tournions en fonds propres et personnels !

Ils étaient touchés que l'on ait cette démarche de vouloir montrer des choses et de vouloir initier des rapports entre les arts interactifs et le public. Finalement, tous les artistes l'ont fait bénévolement.


- Au départ tu imaginais payer les artistes, et tu n'as pas pu les payer...

J'ai réussi à défrayer, mais pas à cacheter. Un laboratoire de recherche de l'université a payé un défraiement. L'université devait payer un Paris-Nancy pour un artiste dont on n'a pas pu se servir. Et l’on a défrayé les deux artistes d'Eliklipse et Dominique Cunin, sur fonds personnels.

J'ai rencontré une gamme assez large d'institutionnels. Notre conseiller DRAC [conseiller multimédia de la Direction régionale des arts et de la culture de Lorraine] nous a quand même dit que ce projet était vraiment très bien, que ce sont des projets comme ça qu'ils devraient produire. Mais non. Non parce que pour cause de restriction budgétaire sur les ECM, cela ne fait pas partie des priorités de monter un festival inter-ECM.

- Et quelles étaient les priorités ?

Peut-être encourager la promotion ponctuelle d'événements dans un ECM particulier.
L'équipe multimédia de la DRAC ne fait pas d'accompagnement à la production ou à la diffusion d'événements, surtout sous la forme festival. Ils accompagnent plutôt la création d'ateliers, l'acquisition d'équipement.

- La DRAC aurait pu alors faire une rallonge de budget à l'ECM concerné ? Mais subventionner une structure externe pour intervenir dans les ECM, ce n'était pas réalisable ?

J'ai quand même eu une discussion assez houleuse avec un responsable d'ECM, au moment où on a parlé argent avec les artistes venus pour voir le lieu.

Je lui ai dit que pour le défraiement des artistes, le matériel, etc., il allait falloir nous donner cinq cents euros. La personne m'a répondu : « ah non, nous, on ne subventionne pas ».
Je lui ai expliqué que ce n'était pas une subvention, c'était un défraiement. Qu'il pouvait payer les artistes s'il voulait, mais que de toute manière, il y en aurait à peu près pour ce prix-là. Réponse : « nous on reçoit des subventions, mais on n'en donne pas ».
Je lui ai demandé s'il se rendait compte qu'il faisait venir des gens chez lui, des gens qui lui proposait de montrer leurs œuvres. Il n'avait pas compris que, d'une certaine manière, on vendait un produit culturel.

C'est pour ça que finalement, il s'est passé moins de choses dans cet ECM. On n'y a pas installé d'œuvre, on y a simplement fait des sessions du Générateur Poïetique.

- Est-ce que tu as l'impression qu'il y avait un décalage entre des choses très simples à obtenir, et d'autres très difficiles ?

Un décalage, c'est difficile à dire. On nous prêté un fax, on a eu des objets pour communiquer, la mairie de Vandœuvre nous a imprimé 3000 affiches en quadri, un partenariat nous a permis d'avoir des flyers.
Au niveau de la communication, on a été très aidés, c'est vrai.

Mais au niveau de l'accueil des publics, l'investissement des lieux sur la scénographie, avec les artistes, plus en amont, c'est vrai que cela aurait bien qu'il y ait un financement là dessus.

Au départ le principe était d'inviter les gens, pendant trois jours, à prendre contact avec les artistes, dans le lieu. Mais faire venir quatre personnes, comme l'équipe de Music2eye, pendant trois jours pour montrer un film et être en contact avec le public, c'était un très gros défraiement.

Cela aurait intéressant qu'il y ait plus d'artistes, concentrés en un lieu. Le festival a donné une impression de diffusion, mais c'était aussi le résultat de la volonté d'explorer une idée du réseau, rendu physique et présent au travers de certaines œuvres.


        > Retour à la concentration

- Donc, ce que tu changerais après coup, ce serait la dispersion des lieux ?

Nous sommes en train de monter la session deux, et cela serait sur deux pôles, plus éloignés géographiquement, mais avec déjà une implication, une conscience de l'interactivité et des arts numériques

- Finalement tu as voulu faire un festival à l'image de l'Internet, avec des points reliés ensemble, et tu reviens a une localisation géographique forte.

Disons qu'il y a une histoire de public déjà sensibilisé, on a peut-être voulu un trop grand public.

Il y avait quand même cette envie de venir en contact, même si ce n'était pas avec des milliers de gens pour cette première édition. Le retour a Vandœuvre à été très bon, à Woippy, il a été direct car comme peu de gens ont assisté à la session de mix, les gens ont pu participer directement, par l'intermédiaire de l'interface du logiciel de mix. Au local My.Monkey, où les gens sont passés pour les sessions du Générateur Poïetique


- Pour Faux-Pas, pièce assez complexe à mettre en œuvre, qu'as-tu appris ?

Qu'il faut disposer de moyens très conséquents. On a pris des risques, par exemple toute une bande de dalles de capteurs a claqué, l'œuvre ne marchait plus que sur un côté. C'est du matériel qui vaut très cher.

Par ailleurs, une des difficultés a été de pouvoir adapter cette œuvre à l'environnement d'exposition, qui était pensé comme un couloir dans lequel tu entrais et tu sortais, à cause de la lumière qui aurait gêné la qualité de la projection dans le couloir originellement prévu.
On aurait pu y faire quelque chose de gigantesque, mais il aurait fallu plus de moyens.

- Pour la prochaine session, il y a maintenant une structure qui existe, le My.Monkey. Est-ce que cela va faciliter les choses d'avoir déjà la structure, et d'avoir déjà fait une édition ?

Le local du My.Monkey a déjà une autre fonction. Il était identifié comme un lieu où il y avait plein de jeunes qui passaient, un lieu bizarre, avec la vitrine toute rouge. Avec les expositions et les interventions qu'il y a eu, au premier vernissage il y a eu deux cents personnes. Ils ne sont pas tous rentrés en même temps ! [l’espace My.Monkey organise des expositions, sert d’atelier à des artistes, et propose aussi aux habitants d’utiliser Internet ou les outils informatiques]

On est donc content, puisqu'il y a un public. S'il y a ne serait-ce que deux cents personnes qui viennent un soir au contact de ce qu'on peut proposer dans cet espace, qui est quand même très réduit, ça sera très bien.

Et ça peut être d'autant mieux si on arrive cette année a donner la forme que l'on veut à Art-Borescence. On travaillerait avec un lieu qui s'appelle les Galeries Poirel, à Nancy, qui est un lieu d'art contemporain. On pourrait y installer des pièces, car c'est quand même un espace gigantesque. Et on voudrait aussi travailler avec le ZKM [Zentrum für Kunst und Medientechnologie] de Karlsruhe.

Là, on aurait une volonté d'établir quelque chose de beaucoup plus « dans l'institution », mais avec des institutions déjà identifiées comme porteuses de spécialités en art contemporain, en art numérique.


- Pour la suite, tu seras moins directement impliqué. Il y a deux personnes qui vont prendre la relève.

Ils s'occupent déjà de la direction artistique, et d'une bonne partie de l'administratif. Et je m'occupe plutôt de la partie expertise sur le montage du dossier. J'ai plus l'habitude qu'eux de ce genre de choses.
C'est un art qui est au départ circonscrit à certains lieux. Si tu veux en faire la promotion et la diffusion, il faut adopter un discours rassurant sur le rapport de médiation avec les publics. On t'embauche pour ça.

Les gens qui ont travaillé avec nous sur la première session, c'est cela qu'ils veulent : une qualité de médiation avec les publics qui soit assez bonne pour pouvoir montrer des choses pointues par moment, qui ne seraient pas forcément accessibles directement.



--- Paris, le 15 février 2004 ---
Propos recueillis par Julien Dorra

 

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