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Nous n’irons plus au bois…

Tania Mouraud nous invite à parcourir sa dernière œuvre « Roaming », au Musée de la Chasse et de la Nature. De roaming : l’errance, à roaring : le rugissement, il n’y a qu’une lettre. Et c’est un son rugissant qui accueille le public avant même de pénétrer dans la salle d’exposition plongée dans l’obscurité. Un grondement d’orage, la cavalcade d’une horde d’animaux sauvages, impossible de savoir, et nos sens sont aux aguets tandis que se découvrent les écrans vidéos.
Sur le mur d’images principal, une exubérance de motifs, une folle course : nous sommes plongés dans la forêt, à un rythme effréné, il nous semble courir et fuir un danger invisible, une menace : les arbres se dressent et s’abattent devant nous ; le sol, les postes d’affût, les troncs, les clôtures, s’écroulent, se redressent, barrent la route, barrent la vue, s’enchevêtrent. Lignes noires, ombres et lumières, écriture de rythme et d’oppositions. Les repères explosent, le cœur bat trop vite, essoufflé par cette fuite sans fin. Quelle est la menace ? Peut-être cette ombre sur l’autre mur, cette forme noire coiffée de bois, à peine discernable derrière les troncs, nimbée par la lumière troublante, indéfinie, du crépuscule.
Apparition, disparition.
Qui traque qui ? Où est le danger ? Par où va t’il déferler ? Pouvons-nous même faire confiance à nos propres sens ?
Le son est là, toujours, boucle qui nous emprisonne, l’œil s’affole, passe de l’écran proliférant à celui, statique, de l’affût.
Autre point cardinal de la salle : un moniteur posé au sol montre un chasseur, de dos, s’enfonçant, armé, dans la forêt. Une marche lente, silencieuse et solitaire, tandis que sur l’autre moniteur, en gros plan et en boucle, nous assistons à la mort d’un sanglier, touché par une balle. Son corps s’écroule. La masse de chair, d’ombres et de sang, de forces et de fragilités, se soulève par vagues : une mort trop lente, une agonie invisible, cachée dans le ventre de la forêt.

Une forêt où l’on se perd, une œuvre où l’on doit faire face à ses propres peurs, un chemin à parcourir. Et l’on quitte Roaming avec l’impression persistante d’avoir échappé à quelque chose de terrible.

Tania Mouraud, Roaming,
Jusqu’au 22 février 2009
Musée de la Chasse et de la Nature
62, rue des Archives
75003 Paris

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